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Agilité et sens du service public : le portrait de Mathieu

À 34 ans, Mathieu Bouvier compte déjà à son actif sept années passionnantes consacrées à enseigner l’histoire-géographie, des lycées de banlieue parisienne aux amphithéâtres de l'université. Depuis son enfance, jalonnée de voyages et de déménagements, ce cadre supérieur en devenir a le service public chevillé au corps. En intégrant l'INSP par la voie interne, il a choisi de mettre ses solides compétences pédagogiques et son adaptabilité au service du management public et de la direction de projet.

10 juillet 2026
Crédit portrait | ©Axel Dorr, INSP • Visuel généré avec l’aide de l’IA et vérifié par un humain

Vous aviez déjà une carrière engagée dans la fonction publique. Quel a été le moment ou le déclic professionnel qui vous a fait vous dire : « Je ne veux plus seulement appliquer les politiques publiques, je veux être formé pour les concevoir et les diriger » ?

C'est un cheminement long qui remonte à mes études. En master de recherche en histoire, j'hésitais déjà avec l’encadrement supérieur de l’État. J’ai finalement choisi l'enseignement et l'agrégation, débutant même une thèse d’histoire ancienne. Mais le monde de la recherche pure ne me correspondait pas totalement : je constatais la difficulté à trouver un poste de maître de conférences et aussi le manque d'impact immédiat. J'ai donc rejoint le secondaire avec l’idée, dans un coin de ma tête, de présenter les concours administratifs. 

Le véritable déclic s'est opéré pendant mes dernières années d’enseignement au lycée, notamment grâce à la conduite de projets pédagogiques ambitieux menés en binôme avec un collègue. Structurer des plans d'action sur une année et chercher des partenaires m'a donné le goût de la conduite de projet. 

Par ailleurs, j’avais l’intuition que je possédais des compétences managériales que le cadre purement pédagogique de la classe ne me permettait pas pleinement de développer. La crise du Covid a temporairement ralenti ce projet, mais dès la sortie de cette période, mon envie de renouveau m'a poussé à franchir le pas, à intégrer une prépa puis à réussir le concours interne de l'INSP.


En quoi les compétences développées face à une classe, quand vous étiez enseignant, sont-elles transposables au management d'une équipe ?

Nous sommes très peu d'anciens professeurs dans la promotion, et il est vrai que nous n'avons pas la culture administrative de collègues qui étaient attachés en ministère. Pourtant, je suis convaincu qu'un enseignant développe des qualités humaines directement transposables en situation de management. Toutes proportions gardées, une classe peut être vue comme une équipe que l'on doit accompagner vers le développement de ses compétences et de la confiance en soi. Ce métier nécessite une immense qualité d'écoute, une maîtrise du temps de parole et une capacité à animer un collectif de travail. 

De plus, passer deux heures face à des élèves demande un niveau d'ubiquité permanent. Il faut préserver le rythme du cours, s'assurer de la clarté du discours et faire respecter un cadre propice aux apprentissages. Cette capacité à maintenir une attention multiforme me semble très précieuse pour un manager public.


Un des écueils en tant qu’agent public avec une première expérience pourrait être de réduire le champ de l’action publique à la politique publique que l’on a bien connu dans son administration d’origine. Comment le cursus de l’INSP vous a-t-il permis d’ouvrir vos perspectives et vous a aidé à construire une vision plus globale et interministérielle ?

Pour moi, la découverte a été totale et l'élargissement des horizons particulièrement exaltant. La maquette pédagogique de l'INSP insiste sur des compétences clés avant le départ sur le terrain. 

Les simulations de gestion de crise m'ont passionné. Se retrouver en petit groupe à reproduire un Centre opérationnel départemental en préfecture, permet d'apprendre à formuler des réponses opérationnelles immédiates. J'y prenais souvent le rôle du service de communication. 

Le deuxième enseignement marquant est la négociation, qui est une discipline très rationalisée par un arrière-plan théorique que je ne soupçonnais pas. Ces cours préparent efficacement aux situations auxquelles j’ai été ensuite confronté sur le terrain.


Cette année sur le terrain vous a projeté dans des univers très différents de votre quotidien passé. Quelles responsabilités marquantes vous ont été confiées ? À quel moment vous êtes-vous dit : « Ici, mon expérience passée combinée aux outils de l'INSP me permet de faire bouger les lignes » ?

J'ai eu la chance de traverser trois univers aux cultures professionnelles très distinctes. Au ministère des Affaires étrangères, au sein de la direction Afrique du Nord et Moyen-Orient, j'ai été plongé dans une actualité internationale brûlante, entre les conférences de paix relatives au conflit israélo-palestinien et les frappes sur le territoire iranien. J'y ai fait beaucoup de travail de rédaction de notes diplomatiques et de réflexion sur des dossiers de fond parfois sensibles, et j'ai donné un coup de main au centre de crise pour faciliter le rapatriement de nos ressortissants étrangers. 

À la Direction générale de la cohésion sociale, j'ai traité un dossier très technique et juridique sur la subsidiarité des prestations sociales, ce qui m'a prouvé qu'en s’appuyant sur l’expertise précieuse des services, on peut s'approprier vite des matières complexes et se montrer opérationnel. 

Enfin, mon stage de six mois à la préfecture du Gard a été très enrichissant. Placé au Cabinet, au cœur des missions de sauvegarde de l'ordre public et de mise en œuvre des polices administratives, j'ai été mis en situation d'autorité et de management intermédiaire. Ce terrain exigeant a confirmé l’intuition qui était la mienne de m’épanouir dans une posture managériale, et je suis reparti avec la certitude de pouvoir me rendre utile sur des missions d’encadrement.


Comment utilisez-vous les entretiens avec le conseil de professionnalisation, les séances de coaching ou encore les journées d'études et de tronc commun (JETC) pour valoriser votre expérience passée et construire votre projet professionnel ?

Le conseil de professionnalisation est un outil remarquable, animé des cadres supérieurs et dirigeants très à l'écoute. Ils m'ont apporté une culture de carrière indispensable, me guidant sur les avantages et les risques de certaines mobilités interministérielles. Cela m'a aidé à écarter certaines pistes tout en m'encourageant à garder une ouverture d’esprit sur mes choix de carrière. 

Les séances de coaching, fondées sur un test de personnalité m'ont permis de prendre conscience de mes modes de fonctionnement dans un collectif. C’est très utile pour dépersonnaliser les rapports de travail difficiles et donner des clés pour s'adapter aux équipes. Cela nous prépare à être des managers souples et évolutifs.


En quoi ce suivi individualisé vous aide-t-il à vous projeter sereinement dans votre premier poste ? Souhaitez-vous continuer à œuvrer pour les politiques éducatives ou envisagez-vous de vous orienter vers un autre domaine de l’action publique ?

Pour être transparent, personne n'est totalement serein au moment de la procédure de sortie car nous avons tous de l'ambition pour nos choix de poste. Mais je ne dramatise pas et je me réjouis d’entrer dans une carrière qui s’annonce longue et diversifiée. 

Je suis viscéralement attaché au service public de l'éducation, qui est l'une des plus belles missions de l'État. Cependant, j'ai passé le concours de l’INSP pour m'ouvrir de nouvelles portes. Dans l'immédiat, je souhaite surtout continuer à développer des compétences solides dans d'autres domaines, que ce soit sur des fonctions transversales, des fonctions managériales ou le suivi de grands dossiers de politiques publiques. Je ne m'interdis pas de revenir à l'Éducation nationale à moyen ou long terme, et ce sera sûrement passionnant de le faire fort de mon expérience de praticien.


Quel message adresseriez-vous à des candidats potentiels qui, comme vous à vos débuts, doutent de leur légitimité pour passer ce concours ?

C'est un message un peu classique, mais essentiel : on a toujours tort de douter excessivement de soi. Quand on a un profil atypique, on a tendance à se croire moins légitime que des candidats internes qui baignent déjà dans l'administration. L'expérience montre que c'est faux. 

Si l'INSP maintient son cap de valorisation de la diversité des profils, et si l’encadrement supérieur de l’Etat permet à cette richesse de s'exprimer sans chercher à uniformiser les parcours, alors il y a une place pour tout le monde. Il faut faire taire ses doutes et aller au bout de son projet.

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