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Apporter du temps long dans l’action publique : le portrait de Chloé

Issue du concours externe « Docteurs », Chloé Paux-Samson incarne cette passerelle précieuse entre la rigueur de la recherche scientifique et l'agilité de l'action publique. Après dix années enrichissantes au sein des ministères régaliens et à l’international, elle a choisi l'INSP pour mettre son esprit d'analyse au service de l'État. Rencontre avec cette future cadre supérieure qui refuse d'opposer l'urgence opérationnelle au temps long de la réflexion.

10 juillet 2026
Crédit portrait | ©Axel Dorr, INSP • Visuel généré avec l’aide de l’IA et vérifié par un humain

On oppose souvent le temps long de la recherche scientifique et le temps court de l'action publique. Quel a été votre dialogue intérieur ou le déclic précis qui vous a convaincue que votre place était dans l’encadrement supérieur de l’État ?

Le déclic est venu pendant mon doctorat alors que j’assurais une mission de valorisation scientifique de trois ans au Pérou, pour le compte de l'Institut des Amériques et en lien avec l’ambassade de France. En travaillant au service de notre politique d'attractivité et d'influence, jai compris que javais besoin d’être du côté de laction pour répondre au besoin dutilité qui manime. Je noppose pas temps court et temps long ou action et réflexion. 

Laction publique se pense aussi sur le temps long quand la recherche peut être opérationnelle et concrète. C’est dans cet équilibre que j’ai évolué dix ans au sein de l’administration avant d’intégrer l'INSP par la voie du concours « Docteurs » et faire reconnaître cette expérience.


Comment votre entourage scientifique a-t-il perçu ce virage vers l’encadrement supérieur de l’État ?

Je pense que mon directeur de thèse n’a pas été surpris, il m’avait observée m’épanouir dans les actions que je menais en parallèle de la rédaction de ma thèse qui avait d’ailleurs aussi un angle opérationnel et activable dans l'administration. Elle portait en effet sur la communication institutionnelle mise en place par le secrétariat général de la Communauté andine afin de favoriser l’adhésion des populations au processus régional. C'était, en somme, une forme d'évaluation de l’action publique à l'étranger. 

D’une façon générale, je n’ai pas eu le sentiment que c’était un virage mais plutôt l’une des trajectoires possibles. J’ai d’ailleurs régulièrement travaillé avec des chercheurs ayant aussi fait ce choix. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être enfermée dans la recherche.


Passer de la recherche en sciences humaines aux finances publiques ou au management d'une administration peut impressionner. Quels enseignements ou outils spécifiques du cursus de l'INSP vous ont donné la légitimité et les clés pour devenir cadre supérieur ?

J’ai trouvé particulièrement utiles les enseignements juridiques qui m’ont permis de consolider la vision purement praticienne acquise sur le terrain, notamment à travers les cours de légistique, dont tout le monde ici se souvient avec nostalgie. J’ai beaucoup apprécié aussi les modules de communication sur les prononcés de discours. 

L'intérêt de l'INSP est que nous recevons tous un même socle d’enseignements qui peut être complété par des modules de remédiation ou d’approfondissement. Quelle que soit sa voie d’accès, sa formation ou son expérience, chacun peut ainsi équilibrer son profil professionnel. Pour autant je ne sens pas d’enjeux de légitimité spécifique. Pour moi, la recherche a avant tout été une formation m’ayant apporté une méthodologie et des compétences transférables à l’administration : évaluer, rédiger, analyser, travailler en autonomie, persévérer, s’adapter, etc.


Pendant votre année d’immersion sur le terrain, quelle a été la situation la plus marquante où vous avez dû utiliser votre méthodologie scientifique pour résoudre un problème opérationnel complexe ou gérer une urgence ?

La situation la plus marquante est intervenue pendant mon stage à la préfecture de la région d’Île-de-France, où j’ai été chargée de piloter l’organisation des élections à Paris. C’était un sujet d'une grande complexité technique auquel rien ne me rattachait, si ce n'est ma condition d'électrice, et je n’avais pas spécialement de bagage sur le territoire parisien, étant charentaise d’origine. 

Pour gérer cette mission, c’est très clairement une démarche de recherche qui a pris le dessus : j’ai fait un état de l'art, interrogé l'existant, rencontré les acteurs et affiné mes hypothèses afin de gagner, en un temps très court, une forme d’expertise suffisante pour piloter ce gros projet. Planifier, rythmer les échéances, faire face aux déconvenues, réinterroger lexistant et faire preuve de pugnacité (jusqu'à y consacrer mes soirées et mes week-ends comme on le fait pour une thèse) sont des réflexes acquis en doctorat et qui m'ont permis de mener à bien cette opération.


Le rythme de l'action publique a-t-il bousculé vos méthodes de travail habituelles ?

Les méthodes de travail sont transposables mais du point de vue du chercheur le rythme est nécessairement différent : dans l’action publique, c'est le règne de l'immédiateté et de la réactivité. Je pense d'ailleurs que beaucoup de scientifiques qui choisissent de passer ce concours le font précisément pour cela : pour se rappeler au temps présent et voir tout de suite les impacts concrets de leurs actions. En administration, le rythme est beaucoup plus soutenu, même si la fin de rédaction d'une thèse réserve parfois des sprints mémorables.


Comment les bilans personnalisés de l’Institut, le conseil de professionnalisation et votre coach vous aident-ils à vous positionner en tant que future administratrice de l’État, tout en valorisant la richesse de votre parcours ?

L'intérêt majeur de ces dispositifs réside dans l'individualisation de l'accompagnement qui nous est proposé, sans pour autant nous enfermer dans des cases. Pour être tout à fait honnête, je n'ai pas senti de focus particulier ou de volonté de m'orienter spécifiquement parce que j'étais docteure. Une fois le concours passé, la voie d'accès s'efface au profit d'un statut commun: nous sommes tous élèves en formation initiale et cette diversité de profils est précieuse car elle apporte une vraie résilience à la fonction publique. 

Les outils de l'Institut comme le coaching ou le conseil de professionnalisation nous permettent néanmoins de regarder nos parcours dans leur singularité pour mieux nous orienter. Pour ma part, je considère le coaching comme une forme de maïeutique, permettant, en parlant soi-même, d'accoucher de ses propres idées. C'est une chance de disposer de cet écho neutre et bienveillant pour poser les choses de façon brute, non filtrée, sans stratégie, afin de tester des options ou de travailler sur son positionnement managérial. 

Le conseil de professionnalisation apporte quant à lui une perspective très concrète: nous échangeons avec des cadres supérieurs et dirigeants chevronnés qui connaissent de nombreuses structures et nous font bénéficier de leur expérience du terrain. Cet accompagnement sur mesure nous aide à cheminer, notamment pour gérer le rôle délicat de stagiaire, où il faut réussir à rester dans une posture d'apprenant tout en ayant déjà un bagage professionnel.  

À l'adresse des docteurs qui hésitent à franchir le pas, je dirais que l'essentiel est de s'interroger sur le pourquoi: quel sens et quelle utilité publique veut-on donner à son métier ? À partir du moment où l'on sait pourquoi on veut rejoindre le service public et ce que cela implique, il n'y a plus qu'à foncer!

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